
Il y a bien des façons différentes de vivre une expatriation ou un dépaysement. Un séjour-éclair, ou même quelques semaines de vacances ne donnent pas forcément l’occasion de s’immerger complètement dans un pays et d’en approcher toutes les subtilités. Les choses que l’on découvre en faisant du tourisme ne sont pas de même nature que celles que l’on apprend par l’effet d’un contact sur le long terme, et les clichés de carte-postale, même s’ils ont la vie dure, ont tendance à fondre au soleil de l’exposition prolongée.
Il est en réalité possible de vivre pendant des années dans une ville étrangère sans pour autant sortir du petit cercle de la socialisation réduite de l’entre-soi. De nombreux expats qui vivent hors de leur pays depuis de nombreuses années n’ont par exemple jamais entrepris le plus petit effort dans la direction de l’apprentissage de la langue locale. À chacun sa manière, il est vrai et à chacun sa chacune, mais il est vraiment dommage de voyager à l’autre bout du monde pour y aller retrouver l’air renfermé de l’endogamie alors que s’offre un autre monde au seuil de notre porte.
Si toute exposition à un pays différent est incroyablement bénéfique, il y a quelque chose de particulièrement magique à vivre à l’étranger pendant une période prolongée. Ce que l’on peut retirer de l’expérience dépend de chacun, mais en général, il faut au moins six mois pour commencer à se sentir chez soi dans son nouvel environnement. C’est en effet le temps approximatif au terme duquel les choses que l’on découvre avec des yeux curieux se transforment en choses de tous les jours. Le regard s’accomode, les couleurs, les lignes, les odeurs trouvent leur place tous seuls dans l’ordre remanié de l’expérience quotidienne.
Il y a certaines choses qu’il est facile de mettre à profit dans l’expérience de l’expatriation, en voici 3.
- Apprendre une autre langue. Certains pensent que la seule façon de parvenir à parler une langue étrangère est de s’immerger dans le pays où elle est parlée. D’autres préfèrent la méthode un peu plus scolaire et laborieuse des cours et des leçons. La juste mesure est certainement un mixte des deux. Avoir du vocabulaire et connaître les rudiments d’une grammaire aide beaucoup à dépasser le simple « baragouinage » instinctif. De l’autre côté, rien ne remplace la spontanéité des contacts réels lorsqu’on veut réellement s’approprier des idiomatismes. En vivant là où est parlée la langue que vous apprenez, vous avez la possibilité de multiplier vos approches et d’en faire, outre l’objet d’un apprentissage, l’instrument de la connaissance d’une culture. La découverte du cinéma et de la littérature locales peuvent être l’occasion de faire entrer en résonnance ces multiples plans.
- Vous nouerez des amitiés qui n’auraient jamais été possibles dans d’autres circonstances. L’une des meilleures choses lorsqu’on vit à l’étranger pendant une période prolongée, ce sont les amis que l’on se fait. S’ils sont locaux, vous serez en mesure de créer des rapports uniques. Le dialogue interculturel et la curiosité pour l’autre, quand ils sont mêlés au respect et à l’intelligence sont des facteurs qui donnent aux relations amicales une couleur et une profondeur incomparables. S’il s’agit d’expatriés, l’expérience commune de se retrouver dans un nouvel environnement cimentera un type de lien différent de celui que vous auriez pu avoir à la maison.
- Vous aurez une nouvelle vision de vos compatriotes. En rester à « Courrier International », même si c’est une démarche sincère ne vous donne qu’une image superficielle et présélectionnée de la façon dont nous sommes perçus depuis l’extérieur. Lire des articles d’opinion ou regarder des films étrangers ne prépare pas à voir réellement comment les étrangers vous perçoivent. Vous aurez sur cette question une expérience de première main. Vous verrez les choses à travers vos propres lentilles qui seront acomodées au regard de l’autre. Bien des malentendus vous paraitront s’éclairer, le comique de certaines situations ressortira dans tout son éclat, mais aussi la banalité du nombrilisme et du manque d’intérêt pour l’autre.
Une expérience de vie à l’étranger est en définitive ce que chacun en fait. Ennui, amertume, rejet jusqu’au racisme ou découvertes stimulantes et élargissement des horizons, cela dépend de chacun, des circonstances, des rencontres, des pays, des moments de la vie, cela dépend de tant de choses que cela en crée autant d’expériences individuelles qu’il y a d’individus. Vous aurez certainement bien des choses à raconter au terme d’une parcours personnel aussi riche, complexe et subtil. Mais raconter les horizons lointains aux sédentaires est une tâche bien difficile…
